divendres, 13 d’agost de 2010

À propos de la "barcelonisation" d'Istanbul. Lettre à Jean-François Pérouse, de l'Institut Française d'Études Anatoliennes, Istanbul

Cher ami:
J’ai reçu de notre commun ami, Salvatore Palidda, ta référence à propos de la "barcelonisation" d’Istanbul, surtout à partir de l’avènement d’un modèle de croissance basé sur des grands événements, comme, dans votre cas, la déclaration de la ville comme capital de la culture 2012. À ce propos: Joan Clos, notre "ambassadeur", a été l’artifice de cette catastrophique idée d’inventer une exposition universelle postmoderne, un grand échec évident pour nous, les gens de Barcelone, mais soigneusement caché par les politiques de marketing et de promotion internationale de la ville. Un personnage à surveiller de près. Très dangereux.


Bien sûr que nous nous trouvons devant l’application d’un style de développement urbain et d’incorporation à la modernité dont Barcelone a pu fournir de bons exemples, sans avoir à attendre les villes globalisées d'aujourd'hui. Ces stratégies d’"internationalisation" ont eu ici plusieurs expressions, quelques-unes d'entre elles bien anciennes, comme les Expositions Internationales de 1888 et 1929. Pendant le franquisme, le Congrès Eucharistique de 1952 et, au moins sous la forme de tentative, le projet non réalisé d’une nouvelle exposition universelle en 1982. Et, comme tu le sais, pendant déjà l’étape « démocratique », les Jeux Olympiques de 92 et l’ânerie infâme du Forum des Cultures en 2004.


Le cas actuel d’Istanbul, selon ton intervention à Gênes, est tout à fait identique à celui de Barcelone: profiter d’un grand événement international pour faire des réformes, et jusqu’à d’authentiques laminages, toujours, bien sûr, dans le sens des intérêts du capitalisme en chaque phase de son développement. Le paysage résultant de son découlement est tout à fait le même à Istanbul et à Barcelone : tertiarisation généralisée, gentrification, expulsion des insolvables et dissidents, spectacularisation, verticalisation architecturale, prolifération de bâtiments "singuliers" commandés à des architectes-stars, fétichisation d'un art et une culture devenus alibi et affaires, thermalisation jusqu'à la caricature des nouveaux et vieux "goûts locaux" ­­–dans notre cas, même de la tradition révolutionnaire et insurrectionnelle.


Il y a, c'est évident, des différences. La plus intéressante pour moi, selon ta contribution à notre workshop génois, a été la rhétorique relative au risque sismique, extensible à d'autres grandes villes du Moyen-Orient pour justifier les grands interventions urbanistiques, entendons par là immobilières ou de promotion. Et, de notre part, le principal motif de réflexion peut-être serait que ce servilisme aux intérêts capitalistes en matière de territoire urbain a été exercé par des gouvernements de gauche. Je ne connais pas la corrélation de forces politiques dans la mairie d'Istanbul, mais Barcelone est administrée depuis trente-trois ans par une coalition de socialistes, communistes et séparatistes catalans qui ont servi de légitimation historique et morale pour toutes les mutations urbaines souffertes par la ville.


Si tu me donnes une adresse postale je t’enverrai une chose que j’ai faite sur le modèle Barcelone. Son titre est "La ciudad mentirosa. Fraude y miseria del modelo Barcelona" ("La ville menteuse. Fraude et misère du modèle Barcelone", une sorte d'hommage à l'œuvre de Bertolt Brecht "Grand-peur et misère du IIIe Reich"). Ce n’est pas une œuvre à vocation scientifique. Plutôt un pamphlet plein de haine et de rancune contre les responsables de la destruction de ma ville. Il s’agit là un peu d’une revanche personnelle.


Voila des questions en commun suffocantes pour faire un rendez-vous à Istanbul, à Barcelone ou n’importe où.
Alors, à bientôt.



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